lundi 30 mars 2015

American Sniper : Un chef-d'oeuvre au relent de propagande ?


La semaine dernière c’était le Printemps du Cinéma, un pote m’avait donc proposé d’aller au cinoche pour qu’on se mate deux films: American Sniper et Birdman tous deux nominés aux oscars. Je dois dire, qu’avant même la cérémonie, j’étais très emballé à l’idée de voir le second (d’ailleurs je n’ai pas été déçu, je lui consacrerai un article très prochainement, en attendant foncez le voir !).En revanche le dernier Clint Eastwood (Clitis Woude comme on dit par chez moi) ne me tentait pas des masses. Déjà parce que les films de guerre ce n'est pas ma came et en plus parce que le film se retrouve au cœur d’une vive polémique. American Sniper étant décrié comme une vaste propagande pour le parti Républicain et pour l’armée américaine. Qu’en est-il vraiment ?


American Sniper est l'adaptation de l'autobiographie éponyme de Chris Kyle, connu pour être le sniper le plus redoutable de l'histoire militaire américaine. Il revendique avoir tué 255 personnes durant la guerre en Irak, sur ce chiffre, 160 sont confirmés par le Pentagone, ce qui fait quand même un sacré paquet de macchabées. Le livre est un best-seller aux Etats-Unis, autant dire qu'il n'a pas fallu longtemps pour qu'Hollywood pointe le bout de son nez.

Notons tout d'abord que l'acteur Bradley Cooper livre une interprétation tout à fait correcte du tireur d'élite. Sa nomination à l’oscar du meilleur acteur est loin d’être scandaleuse même si ce n’est pas non plus la performance du siècle (bon certes, j’ai vu le film en VF, mais je ne pense pas que ça remette totalement en cause mon jugement). 


Maintenant passons à la réalisation : c’est très bien fait, c’est bien monté, c’est efficace, il y a des scènes assez prenantes, c’est du Clint Eastwood, le mec sait filmer et c’est pas mal du tout...mais voilà, on ne va pas se le cacher plus longtemps, du film émane une odeur un peu nauséabonde. On connait (quasiment) tous les opinions politiques du vieux Clint, on sait que c’est un pro-républicain mais jusque là, je dois reconnaître que dans ses films (du moins, ceux que j’ai vus) il prenait assez de recul, il n’avait pas de mauvaises intentions, j’ai adoré Gran Torino et Mystic River par exemple, mais dans American Sniper c'est clairement maladroit. A mon sens le plus gros point noir c’est le traitement accordé à la psychologie du personnage. L’impact de la guerre sur un homme, qui a quand même tué plus de 250 personnes, n’est pas assez travaillé, on ne fait qu’effleurer cet aspect. Il y a bien quelques scènes qui tentent de nous montrer l'esprit torturé de Chris Kyle : comme celle où, revenu d’Irak, il est prêt à défoncer un chien qu’il croit dangereux pour son fils, alors qu’il n’en est rien. On ne ressent presque jamais le traumatisme lié à la guerre, ce n’est pas dû au jeu d’acteur mais simplement à un parti pris de Clint Eastwood. Il glorifie trop le culte de la guerre et ne l’éreinte que trop rarement, l’armée américaine est presque sur un piédestal. 

On est vraiment très loin d’éviter les clichés, c’est très manichéen, les militaires américains sont les gentils et la grande partie des irakiens sont les méchants, ils tuent, ils sont cruels, c’est comme ça, un point c’est tout ! Mention spéciale à Mustapha le sniper syrien, traité dans le film comme le « rival » de Chris Kyle.


Hmmm ça me rappelle un film d’ailleurs, mais lequel ? Ha...merde je trouve plus le nom...c'est...c'est...

.
Ha oui voilà !

Autre chose qui m’a fait tilter c’est les propos tenus  par le père de  la "légende"  (appelons le comme ça, puisque c’est comme ça qu’il est dépeint tout le long) en début de film, alors qu’il est enfant :"Il y a trois types de gens dans ce monde: les moutons, les loups, et les chiens de berger. Certains préfèrent penser que le mal n’existe pas dans le monde. Et si un jour ils étaient directement menacés, ils ne sauraient pas comment se protéger. Ce sont les moutons. Et puis tu as les prédateurs. Ils utilisent la violence pour intimider les autres. Ce sont les loups. Et puis il y a ceux qui sont bénis par le don de l’agression et un besoin écrasant de protéger le troupeau. Ils sont une race rare qui vit pour se confronter avec les loups. Ce sont les chiens de berger. Et dans cette famille, on n’élève pas de mouton".

Wow... plus réac tu meurs !
C'est vrai quoi ! On est pas des pédés, bordel de merde ! Allez mange ton bœuf fiston !

Et puis il y a cette fin…mon dieu quelle fin…si vous n’étiez pas au courant, Chris Kyle a été abattu le 2 février 2013 par un vétéran de guerre affecté du syndrome de stress post-traumatique. Le sniper avait essayé de l’aider en l’amenant dans un stand de tir pour tenter de soigner ses troubles. Mauvaise idée.
Ce moment est évoqué dans le film mais jamais montré, Clint Eastwood  préférant nous balancer des images d’archives qui font littéralement basculer le film dans l’hommage dégoulinant, si vous aimez les drapeaux américains, vous allez être servis !


Sérieusement, on sait qu’American Sniper est l’adaptation de l'autobiographie d'un homme vraisemblablement dérangé, qui se prenait pour un guerrier sain et qui pensait que la violence était nécessaire pour résoudre les problèmes. Pourquoi ne pas avoir pris plus de recul ? Son bouquin est édulcoré,  c’est évident ! Au lieu de l’adapter bêtement il aurait été plus intelligent de creuser plus profondément la question des troubles liés à la guerre. Là on a juste droit à un film hommage posthume, sans réel fond, qui célèbre son héros.


Au final, on se retrouve avec une oeuvre ambivalente : un film de guerre bien réalisé, bien interprété mais qui délivre un message foireux pro-républicain, très conservateur, à l'image de Clint Eastwood, qui n' a pas su se montrer neutre pour le coup, cela aurait pu lui porter préjudice...et pourtant non, le film cartonne un peu partout dans le monde et il est devenu le plus gros succès du réalisateur. Va comprendre…


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire